L'histoire de Middhrun,
De l'Essence de la magie

 

 

 

Note du Copiste: Ce conte impie nous provient bien sur d'Eldarym et a été raconté sous diverses formes a nos enseignants par des enfants de cette région hérétique que nous avons adoptés. Il est bien sur à mettre entre les mains d'hommes éclairés afin de leur donner des pistes pour bannir l'hérésie élémentaire. Ce conte souligne à quel point ce culte maudit exploite les peurs et supersititions des pauvres gens.

 

Ambelarius, Servant d'Illumara
An Cent cinquante de l'ère des Dieux

 

 

Un jour, presqu'un demi siècle après le Grand Cataclysme, le jeune prince d'Eldarym vint dans les montagnes près de la Forêt des Songes où, disait-on, vivait là un vieux sage, un ermite, un magicien. Le jeune prince avait guerroyé pendant des années, il avait accumulé les victories militaires et les armes n'avaient aucun secret pour lui. Mais il aspirait à plus de puissance. Il aspirait à quelque chose de plus, sans trop savoir quoi. Escorté par ses meilleurs guerriers, il parcourut la montagne en tous sens jusqu'à ce qu'il trouve celui qu'il cherchait.

Assis en tailleur sur un rocher, les yeux fermés, le vieil homme semblait méditer. Il salua néanmoins le jeune prince. Ce dernier étant habitué à être obéit au doigt et à l'oeil, il ordonna au vieil homme de lui enseigner la magie. Il lui proposa de l'or, des femmes, un poste à la cour puis, devant le refus obstiné du vieil homme, il menaça de le tuer. Le vieux sage resta muet, attendant que le jeune guerrier se calme.

Après moults vociférations, ce dernier reprit enfin, sur un ton beaucoup plus calme:
" - Je veux que tu m'enseigne la magie, vieil homme.
- Es-tu vraiment sûr de cela ? répondit le sage."

De nouveau, le prince commença à s'énerver. Mais le sage restait impassible.
"- Je n'ai peur de rien ! Je suis prêt à tout !! J'exiges que tu m'enseignes la magie !!!

Le vieil homme rit des paroles du prince, sans aucun signe d'anxiété pour l'épée qui s'agitait désormais sous son nez.
"- C'est impossible.
- Pourquoi ?
- Parce que la magie n'existe pas.
- Comment ça ? Tu te moques de moi ! gardes, égorgez-le !!"

Voyant les gardes prêt à fondre sur lui, le vieil homme eut un geste apaisant et reprit.
"- Je vais t'expliquer: Aucun homme ne ce monde, pas même l'Homme, ne fut jamais capable de provoquer un tremblement de terre, de raviver une flamme mourant, de faire gronder les vagues ou de commander à la foudre.
- Mais des hommes le peuvent, j'en ai été témoin !
- Seuls les Mornawyns détiennent ce pouvoir.
- Qu'est-ce que les Mornawyns ?
- Les enfants des Eléments.
- Ce sont des dieux ?
- Ce sont des êtres supérieurs, des êtres purs, magnifiques, tel que vous n'en verrez jamais en ce monde.

Le jeune prince ne comprenait guère le sens des paroles du vieux sage, mais il refusait pourtant d'en convenir, de reconnaître ses limites et d'admettre son manque de savoir. Il tenta donc encore une fois de comprendre, d'apprendre.
"- Faut-il commander aux Mornawyn ?
- Comment commander à ce qui, par essence, est libre ?
- J'ai compris: Il faut passer un pacte avec les Elements !
- Qu'est-ce que nous pourrions bien leur offrir qu'ils n'ont déjà ?"

De nouveau, l'éxaspération du prince lui fit perdre son sang froid.
"- Je veux le pouvoir !
- Ils sont le pouvoir.
- Comment leur ordonner de m'obéir ?
- Ils n'obéissent à personne
- Alors comment faire ?
- Il faut les faire rire...
- Comment ça ?
- Ce n'est pas à moi de te le dire.
- Je l'exige !
- Il faut les convaincre de t'aider. Et si ils trouvent amusante l'idée que tu leur proposes, ils le feront. Ils agiront pour toi, ou plutôt pour rire de la plaisanterie que tu leur proposes. Car les Mornawyns sont avant tout des farceurs.
- Mais comment leur parler ?
- En utilisant leur langage.
- Enseigne-moi ce langage.
- Je ne le connais pas.
- Alors comment te fais-tu obéir ?
- Je ne...
- Oui, oui, j'ai bien compris, le coupe le prince. Comment fais-tu appel à eux ?
- Je connais quelques bribes de leur langue, apprise lors d'un solavenym.
- Comment ça ?
- Parfois, ils se rencontrent.
- Que veux-tu dire ? Je ne comprends pas !
- C'est normal.
- Tu te ris encore de moi !
- Tu ne peux comprendre.
- Pourquoi ?
- Parce que tu n'as jamais assisté à un solavenym.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Parfois ils se rencontrent.
- Tu radotes, vieux fou !
-Comment t'expliquer mieux que celà quelque chose qui échappe à la compréhension humaine ? Les Mornawyns ne sont pas soumis à ce que nous appellons l'espace. Pourtant, ils ne sont pas tout le temps dans ce que nous appellerions le même lieu. Mais parfois oui.
- Soit. Et alors ?
- Alors ils deviennent perceptible, tout comme l'avance d'une armée est plus facile à entendre que la marche d'un homme isolé dans une forêt profonde, la réunion de plusieurs Mornawyns est plus facile à percevoir pour un éveillé.
- Un quoi ?
-Une réunion. Les Eveillés peuvent parfois percevoir l'existence d'un Solavenym.
- Un éveillé ? C'est ainsi que tu nommes les mages, vieux fou ?
- Un homme ayant compris la nature de certaines choses et dont l'âme plait aux Mornawyns peut être éveillé à leur existence. Car celui qui leur déplait ne les verra jamais, malgré tous les efforts qu'il peut produire, malgré toute la puissance qu'il peut croire détenir.
- Est-ce que tu t'adresses à moi, vieil homme ?
- Est-ce que je parle à quelqu'un d'autre, jeune sot ?
- Là c'est trop ! Gardes ! Saisissez-le !"

Alors que les guerriers, que la présence de ce vieil homme rendait nerveux, se jetèrent sur lui pour l'étriper, ce dernier ouvrit soudain les yeux. Ils étaient verts, sombres et luisants, définitivement pas les yeux d'un être humain. La terre s'ouvrit devant lui, engloutissant en un instant les guerriers horrifiés qui disparurent en hurlant de terreur. Alors que le vieil homme sautait légèrement au sol, son rocher roula jsuqu'au prince qui ne put l'éviter. Il eut les jambes brisées et c'est allongé sur le sol, les dents serrées pour ne pas crier qu'il contempla son vainqueur, qui l'observait de ses yeux redevenus normaux, dans lesquels une lueur narquoise brillait avec insolence.
"- Epargne-moi, vieil homme.
- Pourquoi le ferais-je ?
- Tu es un homme plein de sagesse. Tu es pacifique. Tu n'oserais pas me tuer, les guerriers de mon père viendraient te tuer.
- Crois-tu vraiment qu'il me trouveraient si je ne le désirais pas ?"

Dégageant le prince sans effort apparent, le vieil homme passa une main soudain couverte de rosée sur ses blessures. La plupart se refermèrent. D'une main incroyablement ferme pour son âge, le vieux sorcier empoigna le prince par le col, le souleva du sol et dans un éclair, tous deux disparurent.

Ils réapparurent à Eldarym, dans le palais du roi. Là, le vieux mage laissant libre court à ses alliés élémentaires et l'antique bâtisse s'abîma dans un ouragan de flammes et de foudre. En quelques minutes, tout le centre de la ville avait disparu, seules restaient des ruines et des cendres, parsemées de cadavres calcinés et de survivants hagards. Le vieux sorcier avait anéanti la lignée du prince en quelques minutes qui resteraient gravées dans l'esprit du jeune homme à jamais. Ce derneir resta à pleurer dans les ruines, étreignant le crâne poli de son père, pendant une longue semaine. Puis le mage réapparut.

"- Va-t-en, tu m'as tout pris !
- Tu disais être prêt à tout pour apprendre la magie. Mais enfin de compte, peut être n'était-ce que des paroles en l'air...
- Que veux-tu dire ?
- Que pour entrer dans une nouvelle vie, il faut accepter d'abandonner l'ancienne. Au fond de toi, tu le désirais. Je l'ai senti et les Mornawyns t'ont trouvé interessant. Mais tu n'étais pas prêt à renoncer à ta vie précédente, alors je t'ai aidé.
- Mais vous êtes un monstre !
- Non, je suis un élu des Mornawyns, je suis ce que les gens du commun appellent un mage. Le bien et le mal sont des concepts qui leur sont totalement étrangers. Seule ma volonté me guide, sans aucune conception de morale ou de vertu. Je fais ce que je dois faire et tant que les Mornawyns murmurent à mes oreilles, tant que je ressens leur présence chaleureuse à mes côtés, je suis heureux et serein car je sais que j'ai compris le sens profond de la vie, que je marche sur le seul vrai chemin: les Lois de la Nature sont immuables et absolue. Soit tu les connais, soit tu les subis. Soit tu les acceptes, soit tu en paies le prix.
- Mais quelles sont ces lois ?
- Aucun mot ne peut les exprimer, c'est un état d'esprit que tu devras comprendre par toi-même, intuitivement. Mais tu es déjà sur la voie. Bientôt, tu comprendras.
- Vous croyez ?
- Ce que je crois n'a aucune importance. C'est ce que je sais, qui est important."

Ainsi commença la nouvelle vie d'Ankallabach, lui qui fut prince mais qui dut renoncer à tout pour accomplir son destin.

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Note d'Assa: Merci a Blackstaff pour ce texte qui démontre très bien ce qu'est la magie sur le continent de Middhrun.

 

 


Programmation ©Leym et Assa - 2001-2003, Graphismes ©Mantus 2001-2003
Idée Originale ©Assa et Sathlem 2001-2003
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